Génocide réussi et démagogie

Un génocide réussi

Ce qui s’est passé dans la région de Tongres aux alentours de 50 AC est qualifié de génocide par certains historiens et archéologues. Quelques années auparavant, les éburons menés par Ambiorix se révoltent contre les occupants romains. La vengeance de César sera terrible : exterminer tous ces sauvages.

On imagine que les massacres ont été dignes d’un film gore. Tout ce petit monde de terribles gaulois ne sera pas tué de suite puisque de la main d’œuvre est nécessaire pour exploiter les ressources que les romains sont venus chercher, de l’or principalement. Les survivants qui sont ou seront capables de tenir un glaive ont leur main droite coupée. Les derniers massacres se finaliseront en 51 AC, car les éburons ne tarderont pas à apprendre à jouer du glaive de la main gauche et à massacrer à nouveau des troupes romaines. En 50 AC, plus un seul éburon ne foulera la surface de la terre mis à part Ambiorix, en fuite probablement, dans la forêt. Le génocide est réussi.

ambiorix

La région était tellement dépeuplée suite à ces massacres que l’empereur Auguste, trente ans plus tard, a du faire appel à des tribus germaniques pour repeupler la région dévastée. Parmi eux, les Tongres, qui donneront leur nom à la plus ancienne ville de Belgique1.

Démagogie

Faire le lien entre les mains coupées des éburons et celles des « travailleurs » congolais dans les exploitations de caoutchouc sous le règne de Léopold II2, le roi bâtisseur, est très démagogique, mais la tentation est trop forte. Cependant, en terme de démagogie, il y en a certains qui sont passés maîtres dans la pratique. C’est le cas de Louis Michel par exemple, député européen qui a déclaré que Léopold II était « un héros avec de l’ambition pour un petit pays comme la Belgique ». Il parle aussi de « l’arrivée de la civilisation » au Congo grâce au monarque. Et pour répondre à l’affirmation que la Belgique s’était enrichie grâce l’exploitation du Congo, Louis Michel, ancien ministre des affaires étrangères n’hésite pas à répondre que « C’est de la démagogie pure. Léopold II ne mérite pas de tels reproches. Les Belges ont construit le chemin de fer, des écoles et des hôpitaux et mis en marche la croissance économique. Un camp de travail ? Certainement pas. En ces temps-là, c’était simplement la façon de faire. » 3 4

Carl de Keyzer, un photographe flamand est retourné au Congo avec un guide touristique de 1958. Il est retourné sur les hauts-lieux touristiques de l’époque pour les comparer sur pellicule avec les descriptions de son guide. Les seuls bâtiments encore en état de l’époque coloniale sont les prisons5.

À l’arrivée des colons belges, la région de l’actuel Congo a connu sa plus grande migration massive, des villages entiers étaient désertés pour ne pas servir de main d’œuvre forcée dans les exploitations de caoutchouc ou dans les gisements d’ivoire6. Le narrateur de « Au coeur des ténèbres »7 8 de J.Conrad est resté atterré devant ces africains, attachés, fers au cou à un arbre alors qu’il venait de débarquer au Congo. A la fin de sa quête, après la remontée du fleuve que l’on suppose être le Congo, on se retrouve face à la folie de Kurtz, un agent chargé de fournir le pouvoir colonial en ivoire devenu complètement fou et dont la parcelle est entourée de pieux surmontés de têtes humaines. Le critère étant la rentabilité et le saccage rapide des ressources, peu importe qui était envoyé. « Kurtz était un excellent agent », un capitaliste zélé. Conrad a bel et bien voyagé au Congo, à bord du « Roi des belges », sa nouvelle s’inspire de ses voyages et des récits de Stanley lors de son expédition pour retrouver l’aventurier Oscar Schnitzer9.

Et pour en revenir à Ambiorix, il est tout aussi démagogique de l’avoir déclaré héros belge, chef d’un peuple disparu, immortalisé avec sa moustache et ses cheveux roux au vent, ses yeux clairs, son torse musclé, ses tablettes de chocolat et son casque « Astrérix ». Est-ce que cette image de « père fondateur » définit vraiment l’identité belge ? Ambiorix était-il francophone ou néerlandophone ? Il est étonnant que dans le contexte démagogue belge actuel, aucun historien ne se soit encore posé la question…

1http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/14/villa/texte1.htm

2http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tat_ind%C3%A9pendant_du_Congo#Les_mains_coup.C3.A9es

3http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2010-06-22/congo-louis-michel-prend-la-defense-de-leopold-ii-777638.php

4http://euobserver.com/9/30345

5http://afriqueinvisu.org/congo-belge-carl-de-keyzer,190.html

6« Negrologie : pourquoi l’Afrique meurt », Stephen Smith, Ed. Mille et une nuits, 2005

7Ce livre inspirera même le film « apocalypse now » de F.F Copolla. A la fin du film, il est possible, paraît-il de voir un exemplaire du livre de Konrad sur la table de nuit de Kurtz.

8« Heart of darkness », J. Conrad, Wordworth Editions

9http://fr.wikipedia.org/wiki/Emin_Pasha

 

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