Comment je suis devenu prof de sciences épisode 5 : « On the road »

Après cinq ans d’études de bioingénieur arrive le moment de faire mon travail de fin d’études. Ce sera l’occasion de réaliser un vieux rêve : aller en Amérique latine.

Le temps était venu de laisser derrière mois les auditoires bondés, les profs et les cours qui m’ont marqué tels que Heinz Hurwitz et sa vision du monde au travers de la chimie, qui faisait vider les auditoires pour qu’on aille rejoindre les ouvriers de Clabecq en grève ; l’ «Evolution» de Michel Milinkovitch grâce à qui j’ai une fois pour toutes renoncé à croire en Dieu ; les cours hilarants de parasitologie ; les délires d’obsessionnel compulsif d’un entomologiste comme Deligne qui volait dans les collections de ses étudiants avant de s’enfermer dans son labo pour ne pas entendre nos réclamations ; la géomorphologie qui finalement est très cool, et j’en oublie tellement. J’ai passé de belles années sur le campus de l’Université libre de Bruxelles.

Je décroche une bourse au Fonds Lefranc pour financer une partie de mon travail de fin d’études. Une fois l’administratif réglé et les vaccins injectés, je pars. Yeah ! La première ville dans laquelle je débarque est Lima, une ville de fous, j’adore les villes de fous. Je dois rejoindre l’Altipano bolivien pour y réaliser un stage dans une exploitation de cultures vivrières sous serre. Je repars ensuite en bus pour la Colombie, direction Tumaco afin de travailler sur l’exploitation du palmier à huile mais comme la ville a entre-temps été prise par les Forces armées révolutionnaires de Colombie, je change de plans pour me rendre à Cali pour un projet de ferti-irrigation dans la vallée du Cauca.

Je reviens en Belgique pour soutenir mon mémoire le 12 septembre 2011 et je dois avouer que le jour d’avant, je n’ai pas trop préparé ma défense, collé devant Euronews à me demander si les tours de Manhattan explosées par des avions de ligne étaient une mauvaise blague ou pas…
Finalement, tout se passe bien pour moi et je suis « bioingénieur » ; on disait encore « ingénieur agronome » à l’époque. Officiellement admis dans la communauté scientifique.

Une fois que j’ai mis assez d’argent de côté en travaillant avec un copain dans une entreprise de création et entretien de jardins, je repars vite en Amérique latine, sac au dos. D’abord pour un vague projet de construction de ponts et baignoires pour lamas en Bolivie et ensuite pour fabriquer du yaourt et des fromages frais, monter un labo pédagogique de microbiologie, aider à une recherche en Amazonie sur l’agriculture chez les Guarayos, me marier, effectuer une consultance en géologie pour un journal local…

Mais en 2003, la situation est très explosive en Bolivie. Des révoltes contre le gouvernement de l’époque et sa politique d’exploitation des ressources naturelles mènent à la fuite du président bolivien. La situation est à la crise et mes ressources s’amenuisent… Un retour – temporaire – en Belgique s’impose.

La suite au prochain numéro ! (c’est là où je deviens prof de sciences pour de vrai !!!)

Remarque : cette série de billets est publiée dans le cadre du projet « blogue ta science » de l’Agence Science Presse, « il s’agit d’un projet de promotion des carrières scientifiques auprès des adolescents, par la lorgnette de l’humain : les passions, les rêves et le cheminement professionnel à travers ses obstacles et ses aspirations« , comme l’explique très bien Isabelle Burgun, coordinatrice aux blogues – ah ben ouais, à Québec, « blog » ça se dit « blogue » – à l’Agence Science Presse.

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