27 juin 2011

Mauvaise pub pour E.Coli

Bactéries du système digestif

La « bactérie tueuse ». Sale affaire pour le procaryote qui compose près de 80% de notre flore intestinale !

Une bactérie, c’est un organisme appartenant au règne des Monères. Parmi les monères, les bactéries, êtres vivants unicellulaires entourés d’une paroi rigide ou capsule et dont le matériel génétique n’est pas dans un noyau. Elles peuvent parfois être munies de cils ou de flagelles pour leurs déplacements. Escherichia coli – à ne pas confondre avec l’eschatologie qui est l’art du discours sur la fin des temps – tient son nom barbare de son papa, Theodor Escherich, qui l’a découverte en 1885 dans des selles de nourrisson. Il y en a qui savent s’amuser. Et ça en a amusé pleins d’autres puisque depuis Escherich pleins de scientifiques on trouvé intéressant de plonger leurs doigts et leurs lentilles de microscopes dans les excréments au point que E. Coli est devenue la bactérie la plus étudiée et la mieux connue au monde. Puisque la bactérie superstar est un colibacille qu’on retrouve dans le caca, on dit que c’est un « coliforme fécal ». Merci la science pour nous donner autant de mots de vocabulaire pour briller en société. Il est utile de rajouter qu’un coliforme est une bactérie capable de fermenter le lactose et le glucose avec production de gaz. Cette production de gaz peut évidemment devenir intempestive lorsque vous tenterez de briller en société, E. Coli composant 80% de la flore commensale de nos intestins.

Le commensalisme c’est comme la symbiose mais en moins contraignant, c’est une relation qui profite à deux êtres vivants (la bactérie est protégée et reçoit de la nourriture dans les intestins de son hôte qui lui, profite des capacités de E. Coli pour décomposer la nourriture et la transformer en nutriments assimilables, il n’est obligatoire qu’E. Coli soit dans nos intestins pour survivre). Bref, grâce à E. Coli, au revoir les cacas mous.

Pour ce qui est de l’épidémie en Allemagne, il s’agit d’une très mauvaise publicité pour les communautés d’E. Coli. En effet, une bande de colibacilles marginaux et violents de sérotype O104:H4 aiment foutre la zone – passez-moi l’expression – dans les intestins. O104:H4 n’est pas un cryptage secret qui dissimulerait des informations sur les successeurs de Ben Laden à la tête d’Al Qaeda mais un sérotype. On distingue une bactérie selon son espèce – Escherichia Coli – et ensuite selon son sérotype. Le sérotype d’une cellule est en quelque sorte son empreinte digitale, déterminée par des molécules spécifiques, les antigènes, sur la paroi des bactéries. Ces molécules d’antigènes permettent de passer au contrôle d’identité du système immunitaire. O104:H4 est une bactrie entéro-hémorragique, c’est à dire qui vit dans les intestins et qui y provoque… des hémorragies. La toxine responsable de ces hémorragie porte le nom de Shiga. L’acronyme STEC désigne ce type de bactérie pour « Shiga Toxine Escherichia Coli ». Mais voilà que la bactérie qui sévit en Allemagne est un peut particulière puisque son matériel génétique révèle une particularité, elle est capable de s’agréger avec ses congénères et de mieux adhérer aux parois intestinales ; ce qui classe cet E. Coli dans les STECagg pour agrégative. Cette particularité la rend plus virulente.

L’enjeu actuel dans l’enquête allemande est de faire correspondre le sérotype qui cause les maladies à une origine, et là, une véritable enquête policière est ouverte, il faut pister la bactérie criminelle.

Pour trouver l’origine de l’infection, les enquêteurs doivent sortir de leur laboratoires décorés de boîtes de pétri, milieux de cultures pour l’étude des microbes – oui, la vide chercheur n’est pas facile tous les jours – pour interroger des groupes de patients qui ont été infectés et remonter les pistes. Une longue enquête épidémiologique en perspective. C’est l’analyse du sérotype qui a innocenté le concombre espagnol, la souche trouvée sur les légumes ne correspondait pas à celui qui était responsables des maladies. Pour cette enquête, les personnes qui ont été infectées doivent rencontrer ces chercheurs pour répondre à des questions du genre

– « Qu’avez vous mangé ces 24 dernières heures, où et avec qui ?

– Est-ce un crime de manger quelque chose avec quelqu’un ?

– C’est moi qui pose les questions ici ! »

Les chercheurs qui sont hors de leur labo sont agressifs, ils sont en milieu inconnu.

Ensuite, les menus des restaurants doivent être passés au peigne fin pour ensuite remonter vers les fournisseurs. Vignt-six établissements ont convergé vers la même ferme de Basse-saxe. Seulement voilà, aucune trace de la bactérie dans la ferme… Les vecteurs peuvent être multiples : engrais, eau d’arrosage, animal sauvage, etc. La comparaison des registres génétique des bactéries a permis de faire correspondre 93% du matériel génétique d’E. Coli avec une bactérie qui a causé des épidémies en République Centrafricaine ! Entre l’Afrique et l’Europe, pas encore de lien.

Et enfin, pas de happy-end mais signaler que la bactérie qui sévit actuellement dans le nord de la France est de sérotype O157:H7, elle a été incriminée dans la « maladie des steaks » aux états unis en 1982 et dans près de 10000 cas d’infections au Japon en 1996 où elle avait utilisé des radis blancs comme vecteurs. On peut constater que les épidémies dans les pays développés sont bien suivies et étudiées. Mais ce n’est pas le cas dans les pays en voie de développement. A titre d’exemple, 70% de la mortalité infantile en Afrique est causée soit par des infections respiratoires ou intestinales.

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