Scier la branche…

Scier la branche sur laquelle on est assis ! Ou sur laquelle sont assis les pélicans.

On était content de nos pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) à l’entrée de l’école belge de Kigali, on en parlait sur un blog ou l’autre, on en prenait de belles photos que voici :

Le grand Pélican blanc

Grand pélican blanc à Kigali ; photo de Sébastien Pire

Pélican Blanc ; Photo de Sébastien Pire

Grand pélican blanc à Kigali ; photo de Sébastien Pire

Depuis que les nids d’un arbre de l’autre côté de l’école belge de Kigali avaient été détruits pour de sombres raisons d’odeurs, une timide mobilisation avait réussi a sauver un autre arbre choisi par d’autres pélicans pour nidifier, toujours à l’école belge. Des enfants avaient été choqués de voir les œufs écrasés par terre alors qu’ils venaient d’observer avec leur instit le matin même, les oiseaux.

Les pélicans faisaient dès lors partie du paysage. Normal, mais avec le Master Plan qui est déjà en marche et qui change toute la face de la ville, les pélicans s’inscrivent sur une liste d’espèces vivantes qui ne feront plus partie du décor de la cité du futur. Une nouvelle ville avec de longues avenues, des immeubles à minimum quatre étages, des gratte-ciels style « Nairobi », et des espaces verts, verts comme de grandes surfaces de gazon et des haies de bougainvilliers bien taillés. Et vert comme des palmiers, alignés en rang d’oignons au milieu des longues avenues. Une belle petite LEGO® City.

Alors on se disait, en regardant « nos » pélicans, qu’il y avait un petit coin de biodiversité qui résistait à Kigali. Ils ne sont pas menacés, mais leurs sites de nidification se raréfient à cause de l’urbanisation. Ils allaient chercher du poisson dans la rivière en bas de la colline, du côté de Kimisagara, on découvrait les œufs, on les voyait éclore, on les voyait grandir. Et se disputer bien souvent, faute de place. Une fois, l’un d’eux est tombé :

Pely

Pely le pélican

Suite à une bagarre, il a perdu l’équilibre et n’a pu se rattraper à temps. Il a percuté une tôle en Eternit du toit de l’école et est resté au sol. Voir un grand pélican blanc d’aussi près en a étonné pas mal ! Malheureusement, il s’était fracassé une côte. Il est mort quelques heures plus tard malgré les soins de Jode, une vétérinaire américaine qui possède un petit sanctuaire pour animaux.

Et voilà qu’après un retour de voyage, en septembre, l’arbre à pélicans ressemblait à ça :

Arbre pélican

Restes de l’arbre à pélicans

Une grosse tige, là, dans le fond de la photo. La version officielle des responsables de l’école belge est qu’ « ils étaient partis alors, on en a profité pour élaguer l’arbre ». Mouais.

On a du mal à évaluer ce que chasser des pélicans de leur habitat peut avoir comme influence sur notre vie. Moins d’odeurs ? Une probabilité moins élevée de se retrouver aspergé par des fientes blanches à l’odeur de poisson ? Ben oui.

Et sur l’Humanité ? Peut-être pas grand-chose, si ce n’était qu’eux. Mais ce ne sont pas que les pélicans qui sont chassés. Dans ce contexte de perte drastique de biodiversité que connaît notre fine croûte terrestre, on assiste à la vulnérabilisation d’une espèce en plus. Je ne voudrais pas dire à mes gosses que « j’y étais », mais oui, je devrai leur dire, « oui, j’y étais ».

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