Quand les braconniers jouent à la sélection naturelle

Près de 25 000 éléphants par an sont victimes du braconnage. Une sélection « naturelle » exercée sur les longues défenses

On s’arrête devant le mastodonte. Qu’est-ce qu’il est beau ! En face de nous, un éléphant, paisible, en train de choisir soigneusement avec sa trompe les plantes qu’il va ingérer. Il nous jette quelques regards, juste pour voir qui on est, si on lui veut du mal ou pas. « Les humains font maintenant partie de l’environnement des éléphants d’Afrique. Est-ce qu’il y a encore des zones où les éléphants n’ont jamais vu d’humains ? Je ne pense pas. L’humain se mêle de tout, partout. » Le guide me sort de mes pensées, « il a de petites défenses, il n’y a plus d’éléphant avec de grandes défenses. C’est le braconnage qui exerce une sorte de « sélection naturelle » sur eux, un éléphant avec de grandes défenses sera tué. Maintenant qu’ils sont tous tués, sans même se reproduire, les populations d’éléphants ont maintenant de petites défenses ». L’explication est limpide. Et cinglante comme une condamnation à mort.

Loxodonta africana, Quee Elizabeth, Ouganda. Photo Rock'n'Science!

Loxodonta africana, Quee Elizabeth, Ouganda. Photo Rock’n’Science!

Et maintenant ? Seul le critère d’avoir des défenses suffit pour dézinguer un éléphant. Il sera repéré, les défenses arrachées jusqu’aux racines et le pachyderme sera laissé sur place, mourant lentement se vidant de son sang. L’ivoire sera ensuite vendu, revendu, revendu et encore revendu jusqu’à atteindre des prix mirobolants sur les marchés. Le braconnier auteur du crime, n’aura qu’une faible part du gâteau, une paie de survie, et n’a probablement même pas conscience de ce qui est en train de se passer. C’est lui qui se fera arrêter pour passer quelques années en prison. Les barons de l’ivoire eux, ne seront jamais inquiétés.

 Les chiffres sont accablants : près de 25 000 éléphants sont tués chaque année par le braconnage, sous la pression d’un véritable trafic international organisé. A ce rythme, dans une décennie, on ira voir les derniers éléphants survivants du massacre dans les zoos. On tentera de les reproduire en captivité. On conservera des échantillons de chair pour préserver leur ADN, au cas où, un jour, ça ira mieux, et on pourra les cloner. Ça nous changera des questions telles que « peut-on cloner un dinosaure ? Ou un mammouth ? »

Les derniers éléphants finiront dans un zoo. Rock'n'Science

Les derniers éléphants finiront dans un zoo. Rock’n’Science

Nos espèces disparaissent. Notre terre change. Quand elle n’y aura plus d’Eléphant, de Rhino, de Lion, de Gorille, de Léopard, de Tigre, d’Orang-outang, de Thon, de Baleine, de Bonobo, de Pingouin, de Dauphin, de Chimpanzé, de Lion des mers, de Lycaon, d’Ours, de Dugong, de Requin, d’Iguane, de Panda… notre place à nous, elle sera où ?

 

 

 

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Eric Leeuwerck
Je suis un barbouze de l'enseignement des sciences et un acharné des manips à l'arrache. Je sévis actuellement à Kigali. Voilà.

3 réflexions au sujet de « Quand les braconniers jouent à la sélection naturelle »

  1. Le parc Bouba Ndjidda dans la région du Nord Cameroun a été attaqué dernièrement. En 2011, un véritable massacre d’éléphants qui a émeut le monde entier avait déjà eu lieu dans le même parc. En Afrique, les questions de biodiversité intéressent très peu les gouvernement et même les populations. C’est vraiment très triste. Tout le monde semble indifférent aux conséquences du braconnage.

    • Merci pour le commentaire intéressant. Le braconnage est une sale histoire qui nous dépasse tellement les gains économiques sont énormes… Même au parc Krueger, plus de 1000 Rhinos ont été tués en 2014 ! C’est l’un des parcs les plus surveillés au monde…

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