Sauvetage de roussettes

La colonie de roussettes paillée de Kigali décline peu à peu. Le sauvetage de quelques individus permettra-t-il de prolonger sa survie ?

Depuis un peu plus d’un an, je suis de près la colonie de roussettes paillées de Kigali, Eidolon helvum. Personne n’a l’air de s’intéresser beaucoup à ces bestioles sauf quand il s’agit de faire des commentaires sur l’odeur de leurs déjections et sur le bruit que font leurs colonies – plusieurs milliers, 3315 au dernier comptage ! Oui, je les compte.

Repos diurne de Roussettes à Kigali dans un Figuier sycomore Eric Leeuwerck CC BY-NC

L’espèce, très répandue en Afrique, de l’Est à l’Ouest, est malheureusement (et aussi étonnant que cela puisse paraître) menacée ; voyez plutôt sur la liste rouge de l’IUCN. Du coup, mes petits comptages se révèlent être une sorte « d’assistance à espèce en danger », les roussettes sont mal-aimées à Kigali, elles sont chassées. Les arbres sur lesquels elles se réfugient sont coupés et si les arbres ne sont pas coupés, les boules de poils volantes sont enfumées. Le résultat est que leur population est en net déclin ; en mai 2017, j’avais compté aux alentours de 4600 roussettes sur leur site de repos diurne à Kigali contre 3315 au dernier comptage. De plus, régulièrement, des roussettes sont retrouvées mortes ou moribondes dans la ville, à Kiyovu principalement.

Rousette paillée agonisante à Kigali. Eric Leeuwerck CC BY-NC

 

Roussette paillée morte à Kigali. Sophie Dutry CC BY-NC

Je vous avoue ne pas être très enthousiaste à partager des photos de chauve-souris mortes. Malheureusement, c’est une réalité. Pourquoi s’en attrister ? Elles sont jolies, selon moi et très intelligentes : un véritable bijou évolutif ! Mais ces critères sont peut-être trop subjectifs. Bon, et avec ça : elles jouent un rôle clé dans les écosystèmes ! Voilà un argument en béton. Je m’explique. Ces bestioles sont frugivores et lors de leurs voyages journaliers entre leurs sites de repos diurne et leurs cantines nocturnes arborées pleine de fruits elles peuvent faire plusieurs dizaines de kilomètres ! Plusieurs dizaines de kilomètres pour disséminer des graines. Aussi, comme c’est une espèce migratoire, ces chauves-souris peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres avec leurs graines ! Oui, plusieurs centaines de kilomètres. En ce qui concerne le nombre de chauve-souris, elles peuvent migrer par groupes de plusieurs millions ! La migration la plus impressionnante d’Eidolon helvum se produit chaque années dans le parc National de Kasanka en Zambie :

Elles font le lien entre la savane et la forêt, en fonction de la disponibilité en fruits dans ces milieux.

Les roussettes paillées sont aussi des pollinisatrices lors de leurs visites nocturnes. Un végétal qui dépend d’elles est  l’arbre à Saucisses… Vous comprendrez pourquoi on appelle cet arbre « à saucisses » en regardant la photo :

Arbre à saucisses (Kigelia africana) Eric Leeuwerck CC BY-NC

Le Tulipier africain ou flamboyant aussi est pollinisé par la roussette, tout comme certaines autres roussettes pollinisent les baobabs, un lien écologique qui a mis plusieurs centaines de milliers d’années pour s’établir ! Cela nous rend nous, humains, tout petits.

Au Rwanda, leur rôle de dissémination des graines est d’une grande importance… Bon oui, ça paraît évident, mais ça l’est encore plus dans un certain contexte ; une grande partie de la flore du pays n’est pas indigène, l’agriculture de plus en plus intensive perturbe durablement les écosystème et diminue fortement la productivité des terres ; les roussettes paillées sont donc les gardiennes de la régénérations des forêts du pays et de ses écosystèmes.

Des amis, connaissant ma passion pour ces boules de poils volantes m’informent quand une Roussette est trouvée en mauvais état… Si j’en ai l’occasion, je vais la chercher et la pose tranquille dans un goyavier de mon jardin. Je la régale en fruits et en eau ; si elle mange et boit, c’est bon signe. Souvent, les chauve-souris tombées à terre se sont cognées en vol ou se sont bagarrées. Au sol, elles n’arrivent plus à reprendre leur envol, elles tentent de ramper jusqu’à un arbre. Par terre, elles sont exposées à une foule de danger et surtout, elles s’épuisent et se déshydratent. Un bon bout de mangue juteux et de l’eau donnée à la paille suffit à les requinquer, à l’ombre d’un arbre. A l’arrivée de la nuit, si son traitement a été effectif, elle repart. En quelques battements d’ailes elle met le cap sur une autre colline.

J’ai pu sauver deux roussettes femelles cette semaine. Allez, profitez donc d’un gif de la dernière petite rescapée :

Animated GIF

Elle est mignonne, non ?

Je me demande si ce n’est pas un peu dérisoire d’aller à la rescousse de deux-trois roussettes mal-aimées… Mais je me dis aussi que la mer est faite de gouttes, non ?

L’espoir, juste un peu d’espoir.

 

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2 réflexions au sujet de « Sauvetage de roussettes »

    • Hello ! Ah oui, bien sûr… Mais je ne les mange pas ! Je prends mes précautions hein ! Et puis, si je devais les manger, je les ferais bouillir avec des épices.
      Sinon, si je ne les mange pas, je prends mes précautions : j’utilise des gants épais, pas de contact direct, je ne goûte pas les urines, pas de bisous au premier rendez-vous (je ne suis pas un mec facile moi ! Le bisou, c’est seulement si les roussettes reviennent me dire bonjour), désinfection des mains…
      Avec ces précautions, il y a très peu de chances de transmissions de zoonoses !

      C’est gentil de te préoccuper de moi mon Julien 😉

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