Un gros silence depuis mars, les raisons, les vraies

Mais ? Sproutch Lagrenouille serait-elle devenue folle ? Euh, non, enfin, je ne pense pas. A moins que je sois dans le déni. Ou alors, je me suis enfin fait écraser par le joli rouleau compresseur (ben oui quoi, Sproutch Lagrenouille, ça vient de là, la blague, de Sproutch Lagrenouille sur une route, enfin, soit). Mais pourquoi plus rien depuis mars ? Explications.

Il y a des moments de la vie comme ça, où tout vient d’un coup, c’est ce qui est arrivé à partir de mars 2018 en ce qui mon concerne. Déjà, des remises en question, plein. Crise de la quarantaine, peut-être, mais en tous les cas oui, j’ai eu 40 ans il n’y a pas longtemps.

En mars, on a commencé à monter une pièce de théâtre avec des amis, c’est une pièce sur trois camarades de longue date qui se disputent autour d’un tableau blanc. Je ne peux pas dire le titre de la pièce, il est interdit de la jouer en amateur. Mais bref, on l’a jouée, ça a pris un temps fou à tout retenir mais qu’est-ce que c’était cool ! On a joué dans une piscine vide, la petite profondeur était l’estrade et la grande profondeur, c’était la fosse pour le public. C’est le genre d’événement assez rare en ce moment à Kigali, une pièce de théâtre, plus de 200 personnes sont venues nous voir. Aussi, j’avoue que j’adore faire le con avec mes élèves ados, mais ça m’a rassuré de constater que je pouvais aussi faire l’imbécile avec des « adultes » de mon âge. Comme quoi, l’âge, c’est un état d’esprit. Cette année, on va monter un café-théâtre avec entre autres, des textes de mon blog, yeah !

Quelques petits soucis de santé aussi, rien de grave. Mon fils, il y a quelques années, a chopé une mycobactérie mais heureusement ce n’était pas la tuberculose. Un ganglion est réapparu chez lui il y a quelques mois. Après quelques sueurs froides on s’est rendu compte que c’était soit les poux qui lui ont provoqué ça (trois invasions à l’école l’année scolaire passée ! Peignes, shampoings et tout le bazar ! On en a même observé au microscope) ou la toxoplasmose. Car oui, on a adopté un chat aussi.

Alors, l’histoire du chat. De voyage en Ouganda, on voit une portée de chatons, comme c’est mignon et tout et tout. Le proprio de l’endroit nous dit « je vous en donne un mais il faut d’abord qu’il soit sevré, je vous l’enverrai à Kigali dans quelques mois ». On fait un « oui oui » des plus complaisants en se disant que le Monsieur dit ça pour faire plaisir aux enfants attendris. Et quelques mois plus tard, le téléphone sonne à 5 heures du matin : « votre chat est à Nyabugogo ». On va le chercher, le chat a voyagé depuis Kabale enfermé dans un sac dans un coffre de voiture, 4 à 5 heures de route, il est complètement sonné. Et donc, on l’adopte. Et j’ai passé quelques nuits avec lui quand il s’est remis de sa stérilisation et aussi quand il s’est fait piquer par un scorpion et qu’il a chié mou et vomi pendant trois jours, partout. Mais il a survécu. On l’a appelé « Ichumi ».

Ça nous pendait au nez mais il fallait déménager l’école aussi : trop vétuste, on avait encore des toits en asbeste, et le reste se dégradait petit à petit… Déménager deux labos de sciences vieux de plus de 50 ans, ça a été un sacré boulot, sans de vrais moyens pour le faire en fait… Des acides sulfuriques, des organiques volatiles et tout ça à conditionner dans des cartons emballés dans du papier brouillon, ça m’a bien fait suer le dessous les bras. Et puis, je ne veux plus revoir comment ces caisses ont été embarquées dans les camions par les déménageurs. Mais tout s’est bien passé. Un peu de casse mais rien de grave, je suis assez fier, j’avoue.

Eric Leeuwerck (CC-BY-NC)

Donc voilà, l’Ecole belge de Kigali est dans de nouveaux bâtiments à Gisozi (bye Kiyovu), dans les murs d’une école turque toute nouvelle mais qui a du fermer pour de sombres raisons…

Et puis, en même temps, il a fallu déménager une nouvelle fois de maison. Ça faisait à peine un an qu’on avait changé de maison, on s’était fait gentiment exproprier de la précédente. Donc voilà, on a passé quelques semaines dans les caisses, avec les problèmes de dos qui ont suivi. Mais voilà que le chat, qui nous a suivi, a exterminé tous les oiseaux du jardin de notre nouvelle maison, malgré sa clochette ! Avec des petits cadavres alignés sur le paillasson. Fini les amarantes, les bulbuls, les tisserins, hirondelles et autres nectaridés. Et on a fini par le donner à une collègue qui la chouchoute, enfermée dans un appartement. Tant mieux pour elle, sale bête.

Et puis, d’autres problèmes de santé. On traîne une bilharziose depuis un petit moment, les anti-corps ont augmenté et j’ai aussi négligé le traitement de mon hémochromatose, ça se soigne à coup de saignée, comme au moyen-âge. Du coup, j’ai une bonne surcharge de fer et le foie est assez dense. Faire gaffe. Mais si le foie est dense, les tissus cardiaques sont aussi chargés en fer. Pas cool, mais il y a des solutions, je vais aller me faire saigner plus souvent.

Aussi, il y a mes petites protégées mais que je n’arrive plus à protéger :

Une roussette rwandaise. Crédit : Bérénice Winderickx (et son aimable autorisation)

Presque deux ans que je suis de près la colonie de roussettes paillées de Kigali. Je les compte chaque mois, aussi, depuis un an et je reporte aussi les dégradations de leurs sites arborés de repos diurne, et c’est la catastrophe. J’ai subi des intimidations et je me suis fait « interdire » d’observer les chauve-souris. Même si je continue à avoir des échanges cordiaux avec certains chercheurs conscients de la situation, je pense qu’elles sont vouées à disparaître de la ville… Je ne vais pas vous faire un laïus sur leur importance indéniable, mais l’espèce est ici en train de se faire saquer à tour de bras. J’en sauve quand je peux et j’avoue ne pas toujours savoir à quelles maladies je m’expose et je pense que je vais commencer à planter des arbres et semer des graines illégalement. Je suis en train de terminer un rapport sur mes observations, en anglais. J’ai trouvé une institution qui veut bien publier mon papier après un peer-review, et j’ai réussi à trouver du soutien de quelques chercheurs, dans le sens, « on croit ce que vous dites » car ici, mes observations n’ont pas trop de crédit car pas officielles. Je suis désespéré à ce sujet et toute suggestion d’aide est la bienvenue…

Et à propos d’arbres et de déménagement, on a déménagé nos arbres de l’ancien site de l’Ecole belge ! Le projet pédagogique s’appelait « J’emporte mon arbre », et les arbres ont été emportés, ils sont sauvés ! J’ai fait en plus un plan de potager aussi pour le nouveau site :

Eric Leeuwerck (CC-BY-NC)

Les enfants de primaire qui collaborent avec le projet grâce à Madame Wendy ont même réalisé une maquette du potager pédagogique :

Eric Leeuwerck (CC-BY-NC)

Et voici les vaillantes pousses d’arbres et plantes rescapés qui n’attendent qu’à être replantés, dont (K. africana, le « saucissier » africain dont la dissémination dépend, à l’heure actuelle des humains à Kigali et la pollinisation des roussettes paillées). Il se trouvera en plein milieu du futur potager.

Eric Leeuwerck (CC-BY-NC)

Avec un ami, on a eu la saugrenue idée de vouloir faire du savon avec de l’huile d’avocat. Défi impossible selon un ami chimiste et les sites de savonniers ou en tous les cas, dans des proportions importantes. Eh bien voilà, on a réussi à faire un savon avec 70% d’huile d’avocat ! Le but premier était de trouver un usage à l’avocat autre que l’huile et la consommation de fruits, il y a beaucoup de pertes lors des récoltes faute d’usage. Donc, on a d’autres amis qui nous ramènent de l’huile du Burundi, et on a de l’huile d’une autre sorte qui est dans un bus, actuellement, en route depuis Malindi en direction de Kigali pour la session prochaine de saponification à froid. Le tout donne un savon onctueux et hydratant, un délice ! (Enfin oui, on ne le mange pas hein !) Parfumé aux huiles essentielles d’ici.

Eric Leeuwerck (CC-BY-NC)

Eric Leeuwerck (CC-BY-NC)

Les moules et les coupe-savons ont été fabriqués ici aussi. On mène donc un projet informel et collaboratif, on se rémunère en savons, on partage la technique et la recette à ceux qui nous aident.

Et entre autres choses encore, on a distillé du rhum (la canne à sucre de Kimihurura fermente spontanément ;-)), j’ai arrêté de faire de la bière, je passe les problèmes d’arthrose cervicale (ben oui, l’âge des articulations), le climat qui change et la fatigue et tellement d’autres choses.

Depuis mon départ des réseaux sociaux, je me suis rendu compte que faire un blog sans le promouvoir, c’était difficile. Heureusement que pour ma part j’ai la communauté de Mondoblog et du Café des sciences qui font pas mal de boulot de promotion. Je prends toujours beaucoup de plaisir à écrire mais ça me tanne de passer du temps sur les réseaux sociaux à faire la promo de mes articles perso. Si, visiblement, l’un ne va pas sans l’autre actuellement, je fais quoi : je reviens sur les réseaux sociaux ou j’arrête mon blog ? J’ai pris ma décision qui est…

… aucun des deux. Écrire, ça prend du temps. Écrire pour mon blog, à part le plaisir d’y écrire, ça ne me rapporte rien d’autre mis de côté quelques vues mais ce n’est pas énorme. Sans publier, je tourne à du 50 vues par jour en moyenne et quand je publie, je monte parfois en one shot à plus de 100 vues. Je suis une fois monté à 700 mais voilà. Ces scores modestes de nombre de vues me donnent l’impression d’avoir une sorte de public fidèle, et c’est pour ceux-là que je vais continuer à écrire. Mais différemment. Je n’ai plus le temps d’écrire un bon sujet toutes les semaines ou toutes les deux semaines, vraiment pas. Je vais continuer à écrire, mais quand l’envie et le temps seront là. Je me suis lancé dans des projets d’écriture personnels, des sujets qui me tiennent à cœur comme les chauve-souris, le racisme et des chroniques de voyages. Je ne sais pas si je les publierai un jour, je pense que c’est plus une écriture cathartique, à l’image de mon dernier post d’hier « après un long silence« .

Sur le blog, désormais, je partagerai mes épanchements émotionnels (chouette, se dit le lecteur qui est arrivé jusqu’ici) ; des chroniques de voyage et des extraits de mes écrits. Et des photos aussi. Pas de panique, il y aura toujours un fond de science hein ! C’est au travers de ses grilles d’analyse que je vois le monde. Et le monde que je vois est aussi un peu déformé par mon astigmatisme, je dois le dire. Mais je ne me suis pas encore teint les verres de mes lunettes en rose. Je pourrais le faire, je verrais peut-être le monde en plus joli ? Mais mon anti-reflet foireux me joue déjà assez de tours comme ça (oui, j’ai parfois l’impression de voir des vidéos youtube en 3D, c’est trippant (oui, c’est un anglicisme)).

Bon, alors voilà. On se fait la bise ? Je ne sais pas. Je ne sais pas vous dire à quand on se verra. Mais on se lira, c’est sûr !

Amahoro à tous !

Et si l’envie vous le dit : un commentaire fait toujours plaisir 😉

2 réflexions au sujet de « Un gros silence depuis mars, les raisons, les vraies »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *