Ancien prof de chimie, il monte son labo de fabrication de drogues dans son grenier

Ça se passe en Sibérie, un ancien prof de chimie est condamné à 11 ans de prison pour avoir fabriqué 20 kilos de drogue dans son grenier et pour posséder de quoi en faire deux fois plus. Et moi je me demande : pourquoi je ne ferais pas la même chose que ce prof ?

Darth_Vader

SWCA – Darth Vader! Star Wars Celebration in Anaheim, April 2015 ; Wiki Commons

 

« Qu’est-ce que tu as encore fait ? » me demande ma chère collègue de français Madame B après m’avoir envoyé l’article du journal Le Soir titré « Un ex-prof de chimie condamné à 11 ans pour avoir monté un l… » (le titre est interrompu car ma collègue m’a envoyé le lien de l’article par WhatsApp, arf.)

Pfffff. De la méthamphétamine apparemment. Enfin, je sais ça car oui, moi aussi j’ai regardé la série Breaking Bad, et j’ai beaucoup aimé. Ce fait divers en Sibérie (fait d’hiver en Sibérie, joli !) fait bien évidemment penser à cette série culte mais une question me revient souvent : « Est-ce que je me vois faire de la drogue pour gagner de l’argent ? » Oui, je me pose la question. Surtout quand les élèves me mettent dans la situation suivante (déjà évoquée sur ce blog quand je me suis rendu compte que Walter White apparaissait avant Werner Heisenberg sur les moteurs de recherche lorsque je cherchais une image sexy d’Heisenberg) :

– Hé M’sieur, vous savez faire de la drogue ?

– Euh, non.

– Ouais c’est ça, vous mentez ! Je suis sûr que vous en faites dans votre labo quand les élèves sont partis, ou alors dans votre maison.

– Eh bien non, au risque de te décevoir…

L’élève prend la classe à témoin :

– Allez M’sieur, ne faites pas l’innocent !

– Eh bien, si je savais en faire, est-ce que tu crois que je serais toujours prof ?

– Aaaaah ! C’est vrai vous ne savez pas en faire… A moins que….

– A moins que quoi ?

– A moins que votre métier de prof ne soit une couverture !

– Tu racontes n’importe quoi !, je réponds en rougissant car je me sens flatté que mes élèves m’estiment capable de monter un labo compliqué pour faire de la drogue ; je poursuis :

– Bon allez, bande de morveux, continuez vos exercices de stœchiométrie.

– C’est vous la stœchiométrie !

– Pfffffffffff…

 

Est-ce que j’ai les compétences pour produire de la drogue ? Hum… Oui. Peut-être pas de bonne qualité mais oui, j’ai les compétences pour en faire.

Est-ce que je suis capable d’en faire ? Hum… Bonne question. Et là, je fais intervenir le paradigme du « Côté obscur de la Force » :

darth vader spaceship GIF

Darth vader spaceship – Giphy

Une formation scientifique donne effectivement les compétences pour réaliser des choses pas toujours éthiques (et pas seulement les formations scientifique en fait mais dans le contexte de ce blog, j’envisage la voie scientifique)… Je ne vais pas trop entrer dans le débat de ce qui est éthique en science ou pas mais globalement, on arrive toujours, à un moment de sa vie professionnelle à se poser cette question : qu’est-ce qui me pousse à exercer une activité à caractère « scientifique » : le souci (souvent idéal) de l’intérêt général, ou bien l’appât du gain et de la renommée ? Il y a souvent une combinaison des deux mais qu’est ce qui prédomine le plus sur nos motivations ?

En tout cas, et pour prendre un cas de figure extrême, je pense qu’utiliser ses compétences de chimiste pour fabriquer de la meth, c’est sombrer du côté obscur de la force : l’appât du gain sans éthique (car science sans conscience… oui oui, vous connaissez). Ça serait un peu comme Thomas Midgley Jr., le chimiste inventeur du tétraéthyle de plomb, l’additif antidétonant à mettre dans l’essence à la place de l’éthanol (l’éthanol est aussi assez efficace comme antidétonant mais n’importe quel agriculteur peut en fabriquer ; voir « L’histoire secrète du plomb » de Jamie Lincoln Kitman aux éditions Allia, 2005) ; Midgley a délibérément caché les effets néfastes du plomb sur la santé humaine et a réussi à commercialiser massivement son produit.

Est-ce que je pourrais tomber du côté obscur de la force ? C’est-à-dire est-ce que moi, père de deux enfants, marié et prof de science heureux, pourrais-je me décider à fabriquer de la drogue pour gagner plus d’argent ? Eh bien dans l’absolu, non. Bon, j’ai bien fait des trucs pas trop légaux comme compter des chauve-souris menacées alors qu’on me l’avait interdit (et puis maintenant je ne peux plus le faire, les roussettes paillées ont déserté Kigali suite à la destruction de leurs sites de repos diurnes). Et puis, oui, j’ai déjà fait de la drogue : j’ai brassé pendant plus de deux ans ma propre bière avec mes élèves, c’était un projet pédagogique qui aidait à financer des voyages scolaires, l’appât du gain.

Et aussi, je fais du savon et des shampoings en barre avec un ami, on multiplie les pains :

savons et shampoings en barre

Je brasse les lingots, à moi les pépètes

Mais dans l’absolu donc, non, je ne fabriquerais pas de drogue autre que de la bière, sauf si…

…sauf si j’apprenais que j’avais une tumeur maligne du rhinopharynx à cause d’avoir trop inhalé le formol qui se dégageait des vieux récipients avec les animaux morts dedans, dans la réserve de mon local de BIO (depuis que je sais que le formaldéhyde est cancérigène, j’ai remplacé toutes les solutions de conservation organiques par de l’éthanol) et pour en avoir inhalé durant mes études pour les cours d’entomologie lors de la mise à mort de malheureux insectes dans ma chambre avant de les mettre en boite dans des postures aberrantes et qu’à cause de ces foutues inhalations il ne me resterait plus que deux ans à vivre, que je n’aurais pas de quoi payer mes soins ultra-chers avec mon assurance santé foireuse, et que, en même temps, mes enfants voudraient faire des études super chères de pilote d’avions de ligne au Qatar et qu’arrondir mes fins de moins comme employé au car-wash du quartier ne suffirait plus à assurer un avenir à ma famille même combiné au salaire de ma femme… (Et puis, si j’avais un cancer du rhinopharynx, je serais totalement incapable de dire une phrase aussi longue sans m’étouffer)…

Et c’est le côté obscur de la santé qui me ferait m’étouffer.

Et vous ?  Le côté obscur de la force vous séduit ou pourrait vous séduire ? Je suis curieux de lire vos commentaires !

La semaine prochaine sur ce blog, on analysera un ratage de science : enflammer une bouteille de 20L remplie de vapeurs d’isopropanol !

Et que la Force soit avec vous.

6 réflexions au sujet de « Ancien prof de chimie, il monte son labo de fabrication de drogues dans son grenier »

  1. J’me suis posé la question (en tant que codeur): pourquoi pas faire des virus plutôt que des programmes utiles ?!

    Réponse: c’est juste trop chiant.

  2. Pour moi, la question ne se pose pas : je suis prof de français, la seule chose peu éthique que je pourrais faire, c’est de la propagande et si un discours manipulateur avait jamais nui à qui que ce soit, ça se saurait.

    • Salut Ivo !

      Oui, exactement ! Un élève me faisait encore remarquer ce matin ma ressemblance avec Mr White… Cet élève s’est déguisé en dealer au dernier carnaval de l’école. Si seulement mes diatribes écolos pouvaient avoir autant d’impact sur mes élèves !

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