14 mai 2019

Première rencontre avec des roussettes

C’était difficile pour moi, à ce moment là, de savoir que j’allais les fréquenter et les suivre pendant quelques années, après en être presque tombé amoureux, un début de soirée d’octobre 2009. Vous comprendrez le coup de foudre après avoir vu une vidéo d’elles.

Premières rencontres

C’était un peu par hasard, en 2009 à la tombée de la nuit à Kigali au Rwanda, en plein cœur de l’Afrique que je les ai vues. Ce n’était pas facile à voir et donc, je n’étais pas sûr de ce que je voyais.

roussettes kiyovu
Roussettes paillées en plein vol, Kigali, Rwanda. Eric Leeuwerck CC-BY-NC

A une centaine de mètres de hauteur, des volatiles se déplaçaient en groupe et en ligne droite. Ça me faisait penser au vol des corbeaux mais ce n’étaient pas des corbeaux. La lune déjà placée dans le ciel rajoutait du mystère à la scène. En essayant de suivre le vol d’un volatile en particulier je me suis rendu compte que ça n’avait pas l’allure d’oiseaux, mais de chauve-souris. Pour les voir à une telle distance, elles devaient être sacrément grandes ! Je n’avais pas fait tout de suite le lien entre ces observations à la tombée de la nuit et les drôles de cris qu’on pouvait entendre certains soirs dans les arbres de mon jardin : c’étaient ces mêmes chauve-souris qui venaient manger des fruits dans les arbres, voici une vidéo d’elles tournée en décembre 2016 :

Fin septembre 2011, j’avais pu observer un groupe de chauve souris ; elles devaient être plusieurs centaines voire un millier à tourner au-dessus de Kiyovu, mon ancien quartier, une colline de Kigali. C’était spectaculaire, j’ai pu observer une extraordinaire maîtrise du vol : leurs ailes ont une envergure d’au moins cinquante centimètres pour les plus grandes et leur tête est loin d’être rebutante. J’ai aussi été étonné de constater que leur vol est semblable à celui des oiseaux, elles volent à vue et c’est pour cette raison qu’elles ont de gros yeux.

Cette grosse espèce de chauve-souris frugivore s’appelle la Roussette paillée africaine, Eidolon helvum : les individus ressemblent à de petits renards volants, sauf pour le teint de leur pelage, plus prononcé pour les mâles, jaune-doré. Et ça faisait du bruit, beaucoup de bruit, en pleine journée de cours. Je pensais que ces déplacements étaient normaux pour l’espèce, j’en ai donc profité pour aller les observer avec mes élèves. Je ne savais pas en fait qu’elles étaient en train de se faire chasser. Elles ont tournoyé deux jours et ensuite, ont disparu.

Un peu plus tard à l’école où j’enseigne, une élève m’a signalé une chauve-souris malade dans une rigole. Je l’ai récupérée mais je ne savais pas trop quoi faire. Elle était très faible. Elle rampait au sol, les membranes entre ses doigts étaient encombrantes au sol et son allure était beaucoup moins gracieuse que ses congénères que j’avais vu voler. Muni de gants, je l’ai prise, elle essayait de grimper sur mes bras mais n’a jamais essayé de me mordre. Elle semblait toussoter, sa respiration était sifflante.

A la fin des cours, je l’ai placée sur une branche d’un arbuste de l’Ecole, tête en bas, bien sûr. La roussette me suivait du regard. J’ai essayé de lui donner de l’eau, elle a refusé. Je n’ai pas su quoi lui donner à manger, je ne savais pas encore qu’elle était frugivore.
Je pensais que durant la nuit, elle allait se laisser tomber de sa branche pour reprendre son envol car, à la différence des oiseaux, les chauve-souris ne peuvent pas se donner d’impulsion depuis le sol pour prendre les airs : elles doivent atteindre un point élevé, en grimpant sur une arbre par exemple, en s’agrippant avec les griffes de leurs pouces et de leurs pieds, et ensuite se laisser tomber d’assez haut pour déployer leurs ailes et voler activement. Mais elle ne s’est pas envolée.

Le lendemain matin, elle était toujours là, morte, la tête tendue vers le sol, les yeux entrouverts et la langue sortie. Sa bouche entrouverte laissait apercevoir ses dents, ressemblant à celles d’un chiot. Avec ses ailes repliées autour d’elle, ses poignets de part et d’autre de sa poitrine, elle semblait dormir, comme un vampire dans son cercueil.

(Depuis, je vous rassure, j’ai réussi à en sauver quelques-unes ;-))

Je n’ai pas pu m’empêcher de saisir une aile de la Roussette et de l’étendre, c’était magnifique à voir, ses doigts fins, grêles qui tendaient cette membrane permettant un vol remarquable, un bijou de l’évolution.

Si vous voulez en savoir plus sur l’aile de la chauve-souris, j’ai fait un article sur Kidi’Sciences à ce sujet… Ça va de Léonard de Vinci en passant par Ader qui, pour construire le premier modèle d’avion de l’histoire a choisi le design des ailes de chauves-souris, des Roussettes des Indes. 

Eole en vol, (avion III, 1897) le premier avion à moteur avec ses allures de chauve-souris. Wikimedia Commons
Eole en vol, (avion III, 1897) le premier avion à moteur avec ses allures de chauve-souris. Wikimedia Commons

Bon allez, je partagerai avec vous un article sur l’aile de la chauve-souris la semaine prochaine sur ce blog et dans deux semaines, je vous expliquerai comment faire votre propre chauve-souris à la maison  😉

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